La Haute-Loire Paysanne 18 novembre 2015 à 08h00 | Par Jérémy CONVERS - FDSEA

Chasse : FDSEA et JA demandent le classement en nuisible du sanglier

Dans le cadre de la révision du Schéma départemental de Gestion Cynégétique, FDSEA et JA font des propositions pour mettre fin à la hausse des dégâts de gibier.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
La situation départementale, vis-à-vis des dégâts de sangliers notamment, ne cesse de se dégrader.
La situation départementale, vis-à-vis des dégâts de sangliers notamment, ne cesse de se dégrader. - © HLP

Depuis plusieurs années, la FDSEA de Haute-Loire et sa section «Chasse» alertent la Fédération Départementale des Chasseurs et l’administration sur l’évolution des dégâts liés aux grands gibiers. La situation départementale, vis-à-vis des dégâts de sangliers notamment, ne cesse de se dégrader. C’est pourquoi, dans le cadre de la révision du Schéma Départemental de Gestion Cynégétique (SDGC), le 6 novembre dernier, la FDSEA et les JA ont proposé le classement nuisible du sanglier et l’assouplissement des règles de chasse au sanglier. La mise en place d’un SDGC est une obligation réglementaire qui vise à fixer les dispositions relatives à l’équilibre agro-sylvo-cynégétique dans chaque département. Chaque département établit un SDGC pour une période de 6 ans renouvelable, élaboré par la Fédération Départementale des Chasseurs en concertation notamment avec les représentants agricoles et forestiers.En Haute-Loire, un nouveau schéma verra le jour en 2016 pour la période 2016 à 2022. Comme prévu par la réglementation, la Fédération Départementale des Chasseurs a effectué ce premier travail d’élaboration sur l’ensemble des volets (gestions des espèces cerf, chevreuil, sanglier, petits gibiers, prédateurs…) qui a été présenté le 6 novembre dernier.


La population de sangliers mutipliée par 4 en 20 ans

Refusant de cautionner la gestion des populations de sangliers organisées au sein des Unités de Gestion, les représentants agricoles ont alerté à plusieurs reprises les membres de la Commission Départementale de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS). Le SDGC n’apporte pas de réponses adaptées à la situation vécue par les agriculteurs dans plusieurs communes du département. Les objectifs donnés en 2007 lors de sa mise en œuvre ne sont pas atteints. Les Comités de Concertation et de Gestion, point central du dispositif permettant d’organiser la gestion et la prévention, n’ont que trop peu joué leur rôle de concertation et le mode de gestion a même fini par entraîner une nouvelle explosion des populations.En 2007, la Fédération Départementale des Chasseurs estimait que la population avait été multipliée par 4 en 20 ans. Depuis, le tableau de chasse départemental est passé de 1 700 à 2 800 sangliers tués en 2015. Le montant des dégâts suit par conséquent la même évolution (88 000 € en 2005/2006 à plus de 200 000 € en 2012/2013). Outre le sanglier, la multiplication des dégâts de blaireaux, l’extension des populations de cerfs sont d’autres exemples inquiétants pour l’agriculture départementale. Face à ce constat, la FDSEA et les JA ont donc également présenté des propositions. La première concerne les cerfs. La profession demande l’arrêt de l’extension du cerf en créant une zone d’exclusion dans laquelle toute présence entraîne la mise en œuvre de tir de destruction. Pour le chamois et le mouflon dont sont étudiées les possibilités d’accueil en Haute-Loire, la FDSEA et les JA s’opposent à leur présence en mettant en œuvre les mêmes mesures de tir de destruction. Concernant le sanglier, la loi prévoit, pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles ou dans l’intérêt de la sécurité publique (accidents routiers), que l’espèce puisse être classée nuisible sur un territoire donné. Afin d’accompagner la mise en place de cette mesure, la profession demande l’ouverture de la chasse au sanglier en battue, à l’affut ou à l’approche à partir du 1er juin. Cette mesure pourrait s’appliquer en prévention des dégâts et de désagréments après autorisation pour les agriculteurs ou retraités de la profession détenteurs de droits de chasse.L’objectif de ces propositions est de permettre aux agriculteurs de défendre leurs cultures avec plus de réactivité et plus efficacement afin de ne pas connaître à nouveau les situations que certaines communes ont connues notamment cet été…


Jérémy Convers - FDSEA


Dominique Laffont est éleveur à Antraygues commune de La Rochette en Ardèche.Il est chasseur, trésorier de son ACCA.Il est aussi vice-président de la FDSEA 07.
Dominique Laffont est éleveur à Antraygues commune de La Rochette en Ardèche.Il est chasseur, trésorier de son ACCA.Il est aussi vice-président de la FDSEA 07. - © HLP

Témoignage : En Ardèche, le sanglier est nuisible sur les secteurs en déséquilibre

Dominique Laffont responsable «chasse» à la FDSEA de l’Ardèche, témoigne de l’intérêt de classer le sanglier «nuisible» sur les secteurs «points noirs».


En Ardèche, sur 28 Unités de Gestion, 16 sont classées en déséquilibre pour la période de chasse 2015/2016 ; dans ces secteurs le sanglier est soumis à une réglementation spécifique qui fait l’objet d’un PGCS (Plan de Gestion Cynégétique du Sanglier), document inscrit dans l’arrêté préfectoral et opposable aux chasseurs et aux sociétés, groupements et associations de chasse du département.Dominique Laffont vice-président de la FDSEA de l’Ardèche en charge du dossier Chasse et dégâts de gibier, fait le point sur la situation dans son département: «Avant 1995, les prélèvements étaient de moins de 5 000 sangliers par an. Aujourd’hui, la situation s’est stabilisée à un niveau bien trop élevé entre 18 et 20 000 sangliers prélevés. De même pour les dégâts indemnisés, on est passé de moins de 100 000 € à plus de 300 000 € par an, avec des pics à plus de 400 000 €».Compte tenu de la situation, le groupe départemental «sanglier» qui réunit l’Administration, les chasseurs, l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, les Lieutenants de Louveterie, l’Office national des Forêts et la Profession Agricole, sous l’autorité de l’État, estime que «l’objectif prioritaire consiste à conduire une politique stricte de régulation des populations afin de concilier les intérêts communs de l’ensemble des acteurs locaux (agriculteurs, forestiers, chasseurs, collectivités…)» comme stipulé dans les textes du PGCS. Et «cette volonté de régulation passe nécessairement par une évolution du respect des recommandations et des pratiques cynégétiques».


Communes en déséquilibre

Ainsi donc, plusieurs communes sont dites en déséquilibre ou reconnue «point noir» et ce selon plusieurs critères : les dégâts indemnisés en surfaces et en coût, le niveau de nuisance évalué par le maire, les prélèvements, et le milieu naturel (plus ou moins favorable). De ces critères ressort un classement en équilibre, fragile ou en déséquilibre.En situation de déséquilibre, comme c’est le cas sur environ 70 % du territoire ardéchois, s’applique donc le PGCS qui reconnaît le sanglier comme un «nuisible» même si le mot n’est pas écrit.Dominique Laffont précise : «depuis plus de 15 ans en charge de ce dossier à la FDSEA, je ne me souviens pas  qu’il n’y ait pas eu au moins une partie du département classée en nuisible».

Parmi les mesures spécifiques à la chasse au sanglier, Dominique Laffont explique les plus intéressantes ou efficaces, même s’il reconnaît qu’il existe «peu de pouvoir et de  moyens d’actions pour la Fédération de Chasse envers les détenteurs de droits de chasse».L’arrêté préfectoral prévoit du 1er juin au 12 septembre, des tirs à l’affût et à l’approche sans chien soit par l’agriculteur ou le fermier ayant le permis, soit par un chasseur désigné par l’ACCA. Et depuis cette année, il suffit d’en informer l’ACCA alors qu’avant il fallait demander une autorisation. «Nous avons demandé que des agriculteurs non chasseurs puissent déléguer un voisin ; cela nous a été refusé» précise le responsable FDSEA, qui compte aussi demander une extension sur avril et mai. Cette chasse est autorisée 1 h avant le lever du soleil et jusqu’à 9 h, puis de 18 h jusqu’à 1 h après le coucher du soleil.Cette mesure est particulièrement intéressante, explique Dominique Laffont, car «les sangliers prélevés sont ceux qui font les dégâts sur les parcelles». En 2012, 170 autorisations ont été délivrées ; 270 opérations ont été conduites avec 194 sangliers prélevés ; chiffres des agriculteurs. «J’ai moi-même procédé à des tirs individuels sur mes parcelles. Cette année, j’ai 2 à 3 000 m2 détruits contre 2 à 3 ha si je n’avais rien fait…» ajoute-t-il.

Les battues organisées par les ACCA sont possibles dès le 1er juin et jusqu’au 28 février. Le reste de l’année, des battues administratives peuvent être organisées sur demande et accordées sous 48 h.Autre mesure phare pour les communes en déséquilibre, l’arrêté précise que «le règlement de chasse (NDLR : de l’ACCA ou Unité de Gestion) ne devra comporter aucune restriction sur le nombre de jours de chasse ou sur les modalités de la chasse, ni sur les consignes de tir», autrement dit : «le règlement intérieur de l’ACCA ne doit pas être plus restrictif que l’arrêté préfectoral».Enfin nouveauté 2015 en Ardèche à la demande de la Profession agricole et de la Fédération des chasseurs, dans les réserves la chasse au sanglier est autorisée en battue, les jeudis, samedis et dimanches dans les Unités de Gestion classées en déséquilibre et communes «point noir», le samedi seulement ailleurs. Cette dernière mesure est possible grâce au PGCS.Dominique Laffont qui a constaté une explosion des dégâts sur prairies et landes cette année dès l’ouverture de la chasse et qui pense donc que l’an prochain le classement «nuisible» concernera beaucoup plus de communes, demande simplement aux chasseurs de «faire leur travail. Ils ont des droits mais aussi des devoirs. On n’est pas contre la chasse ; on met à leur disposition nos terres. On leur demande juste de réguler les populations de nuisibles». Et d’ajouter : «on a des dossiers à défendre ensemble sur l’environnement, d’autres nuisibles, le loup… Seul le sanglier est un sujet qui divise. Mais quand y’en a trop, y’en a trop !».


Suzanne Marion

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. La Haute Loire Paysanne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 19 unes régionales aujourd'hui