La Haute-Loire Paysanne 01 mai 2014 à 09h09 | Par Suzanne MARION

CONFÉRENCE - L’agriculture est un métier exigeant, mais on a de bonnes raisons d’y croire

300 personnes ont répondu à l’invitation du Crédit Agricole Loire Haute-Loire, jeudi 24 avril à Blavozy, pour assister à la conférence de l’économiste Vincent Chatellier.

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Vincent Chatellier, Économiste et Ingénieur de recherche à l’INRA.
Vincent Chatellier, Économiste et Ingénieur de recherche à l’INRA. - © HLP

D’entree de jeu, Vincent Chatellier Economiste et Ingenieur de recherche a l’INRA, invite par le Credit Agricole Loire Haute-Loire jeudi 24 avril dernier a Blavozy, orientait sa conference intitulee «Bilan, perspectives et defis de l’agriculture française», sur la voie de l’optimiste et du realisme. Une note fort appreciee par le public venu en nombre notamment une trentaine de jeunes etudiants de l’ISVT au Puy et du Lycee agricole de Brioude Bonnefont, des agriculteurs, des responsables professionnels et administratifs des OPA departementales, et des conseillers Credit Agricole qui dans cette periode morose a pu entrevoir une porte ouverte vers un bout de ciel bleu.
L’economiste part du defi qui se profile a l’horizon 2050 avec 9 milliards d’etres humains sur terre au lieu de 7 milliards aujourd’hui. A cette perspective, il ajoute quelques donnees qui viennent conforter l’idee selon laquelle il faudra produire plus : aujourd’hui 1 personne sur 7 souffre de la faim, la croissance demographique journaliere mondiale est de plus de 220 000 habitants soit la population de la Haute-Loire, les habitudes alimentaires dans le monde changent... Neanmoins, Vincent Chatellier est optimiste :
«on peut arriver a nourrir la planete» et pour cela, il enumere quelques efforts que nous serons amenes a produire. Il commence par les gaspillages qu’il faudra limiter : «30 des produits agricoles ne finissent pas dans un estomac !». Puis avec un brin d’ironie, il lance : «il faut encourager les vegetariens a le rester» mettant en relief l’impossibilite que nous aurions a fournir la planete en viande si tout le monde en consommait. Il prone egalement la sauvegarde des terres agricoles incitant a densifier les villes. Il invite chacun a «croire au progres» et a «utiliser les nouvelles technologies» taclant au passage la France et son «obscurantisme» en la matiere ! Il met en avant l’importance des pays en voie de developpement precisant qu’il faut qu’ils arrivent a se nourrir eux-meme. Et enfin, il insiste sur les flux d’echanges qu’il faut favoriser en diversifiant les approches. il faut jouer sur tous les echiquiers : l’internationalisation des marches agricoles mais aussi les marches de proximite.



La France a des atouts

Ayant trace l’autoroute sur laquelle s’engager, Vincent Chatellier revient alors sur quelques notions d’importance pour l’agriculture française. Ainsi il s’arrete un moment sur la volatilite des prix, donnee qui nuit a la lisibilite mais sur laquelle il convient desormais de compter. «Nous vivons dans un monde risque» souligne-t-il, invitant les agriculteurs chefs d’entreprises, a se professionnaliser a raisonner strategies en terme de technique, de patrimoine, d’entreprise... Et pour lui, cela se resume en 3 orientations cles : autonomie du systeme, specialisation ou diversification, et productivite du travail. Sur la PAC et les soutiens publics a l’agriculture, l’economiste souligne la «constance des technocrates de Bruxelles qui restent figes sur la meme ligne de conduite». Il insiste aussi sur ces soutiens et selon lui la PAC est une «politique agricole, alimentaire, territoriale et environnementale». En terme de competitivite, Vincent Chatellier a rappele que la France est le 1er pays agricole d’Europe mais qu’elle n’augmente plus sa production agricole depuis 2000. Il souligne aussi que l’agriculture et l’agro-alimentaire ont «mieux supporte la crise que les autres secteurs» avec 3 domaines qui tirent les exportations : les vins et spiritueux, les cereales et... le lait. Il pointe par ailleurs des secteurs deficitaires comme la volaille, le porc ou la viande bovine. Si la concurrence intracommunautaire est serieuse, le conferencier precise que la France doit «garder ses avantages comparatifs» en matiere de cout de production et dans les secteurs ou les autres ne sont pas presents : «il faut faire ce que les autres ne peuvent pas faire».


Zoom sur la viande et le lait

Apres un zoom sur les secteurs de la viande bovine et du lait, Vincent Chatellier a mis en exergue atouts et faiblesses des 2 productions. En viande la consommation est a la baisse, les exploitations sont dependantes des aides, la rentabilite est faible. Par contre, la viande seduit encore le consommateur, on a des filieres de tradition, des surfaces fourrageres et la maitrise technique. Mais «faut qu’on bouge...».

En lait, on arrive a la fin des quotas, une reelle «rupture» en France. Du cote des points faibles, on est face a une concurrence a ne pas sous-estimer, nos exportations sont trop orientees vers l’Est, les gains de productivites sont limites, et se profile la question difficile de la transmission des outils. Neanmoins, on a des atouts climatiques et agronomiques, on a garde une bonne densite de collecte, et nos industries comptent sur la scene internationale, et enfin on a plusieurs modeles productifs. Vincent Chatellier a conclu son intervention par des propos optimistes allant tout d’abord vers les jeunes qu’il invite a «faire leur place au soleil» meme si «c’est dur», puis vers les seniors a qui il dit qu’ils «n’ont pas bosse pour rien». Enfin il adresse un message fort avec les 3 qualites indispensables (au moins 2 sur 3 dira- t-il) pour reussir : il faut etre «courageux dans un monde de faineants», etre un «chef d’entreprise et aimer investir pour esperer reussir» et enfin etre «malin, sentir les coups venir». Il ouvre ensuite sur les defis a venir, insistant sur une meilleure communication autour de l’agriculture et de l’agro-alimentaire, sur la necessite d’investir et d’adapter les modes de financement, sur l’harmonisation entre productivite et environnement... Et l’on retiendra que l’on a aujourd’hui de «bonnes raisons de croire» en l’avenir de l’agriculture française.

SUZANNE MARION

 

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