La Haute-Loire Paysanne 29 novembre 2012 à 11h18 | Par Suzanne MARION et Héléna CAUVET

Elections Chambre d'Agriculture/conditions de travail et revenu - Frédéric Pélisse est persuadé que le métier d'agriculteur est un métier d'avenir qu'il convient de rendre encore plus attractif.

Frédéric Pélisse, président du Service de Remplacement de Haute-Loire : "même si notre métier a des inconvénients, je n'en changerai pas". Découvrez son interview en vidéo mais également, pour plus d'informations sur le Service de Remplacement et sur son exploitation, dans l'edition du journal papier de cette semaine.

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Conditions de travail et revenu des agriculteurs © HLP/Héléna Cauvet

Frédéric Pélisse est président du Service de Remplacement de Haute-Loire.
Frédéric Pélisse est président du Service de Remplacement de Haute-Loire. - © HLP
Pour vous en tant qu'agriculteur, qu'est-ce que votre métier aujourd'hui ?
«L'agriculture est un métier comme les autres.Aujourd'hui, nous ne travaillons plus comme l'ont fait nos parents ou grands-parents.Nous sommes des chefs d'exploitation, des chefs d'entreprise.Et bien que tributaire du temps et trop souvent soumis à des contraintes administratives, ma journée, c'est encore moi qui la gère. Je reste maître, avec mon associée, ma mère, de l'organisation du travail sur ma ferme. Et c'est grâce à cela que je peux encore m'arrêter et prendre le temps de discuter avec mon voisin ou mes collègues. 
Autre point important, nous avons une vie professionnelle et une vie privée.À nous de savoir dissocier les deux.Même si on fait des journées de plus de 8 heures, et des semaines de plus de 35 h, on peut néanmoins avoir une vie de famille.Pour moi, si je ne suis pas à la maison vers 19h30, 20h, ça râle... et c'est normal.En dehors de périodes d'ensilage, de vêlages, ou en cas d'incident, c'est une question d'organisation».

L'agriculture a changé dîtes-vous, et pourtant son image est encore souvent négative ?
«C'est vrai.Trop souvent notre métier est mal perçu par les autres catégories socio-professionnelles.Les gens connaissent mal notre métier et l'image qui est véhiculée est encore en décalage avec la réalité. On le voit bien quand on recrute des agents pour le Service de Remplacement. Et là, j'ose dire que nous agriculteurs, sommes en partie responsables.On n'a pas su communiquer sur notre métier, on ne s'est pas assez ouverts aux autres catégories socio-professionnelles.On se plaint trop souvent ou du moins, quand on communique c'est souvent pour se plaindre.Comment voulez-vous que les autres aient une bonne image de l'agriculture et des agriculteurs.Et pourtant, et c'est encore plus vrai aujourd'hui dans un contexte de crise qui touche tous les secteurs, quand j'écoute les autres, quand je discute avec des gens qui travaillent en usines, avec ma soeur qui est professeur... je suis bien heureux d'être agriculteur.Je suis mon propre chef, et je subis certainement moins de pression.Alors même si notre métier a des inconvénients, je n'en changerai pas».

Votre message est très positif.Néanmoins, l'installation en agriculture est en perte de vitesse ?
«Oui c'est vrai et les chiffres l'attestent. Mais travailler dans l'agriculture, ce n'est pas uniquement être chef d'exploitation, en individuel ou en société.On peut également être salarié en agriculture et ce, soit de façon permanente, soit pour quelques années avec peut-être à la clé un projet d'installation.Le salariat en agriculture, c'est aussi un métier à part entière».

Mais alors qu'est-ce que la FDSEA et les JAmettent en avant pour inciter à s'installer ou à travailler dans ces différents métiers de l'agriculture ?
«Comme je l'ai dit, notre métier est un beau métier.Et depuis de nombreuses années, les OPA (organisations professionnelles agricoles) ont mis en place de nombreux outils ou services pour améliorer nos conditions de travail et rendre notre métier plus attractif.Comme les autres, les agriculteurs prennent des congés et des week-ends. Et le Service de Remplacement est l'outil incontournable qui permet de palier l'absence du chef d'exploitation.Notons que ces derniers mois, nous nous sommes battus pour que le crédit d'impôts soit reconduit ; c'est chose faite pour 4 ans.Ce crédit d'impôts permet de diminuer le coût de la journée de remplacement de 50 %.Avec la FDSEA et les JA, nous travaillons chaque année à trouver des solutions et des partenariats pour faire diminuer les tarifs et permettre ainsi aux agriculteurs de s'absenter plus souvent ou plus longtemps.N'oublions pas aussi les remplacements pour congés maternité et paternité.Par ailleurs, le SR43 et plus exactement Aide Agri 43 apportent aussi une solution en terme de complément de main d'oeuvre avec des agents spécialisés dans toutes les productions. Pour des solutions plus pérennes, les groupements d'employeurs locaux sont aussi un service très intéressant.Les OPA ont entamé depuis plus d'un an une réflexion et mis en place un programme Terre d'Emploi 43 destiné à sonder les besoins en main d'oeuvre dans les exploitations et apporter des solutions.Ce projet pourrait permettre la création de 50 emplois. N'oublions pas aussi, l'agriculture de groupe, l'entraide, l'utilisation de matériels en Cuma ou les prestations par entreprise... comme autres atouts pour améliorer nos conditions de travail».

Sur le plan de l'outil de travail, peut-on encore améliorer nos exploitations ?
«Bien sûr.Nous avons encore beaucoup de travail à faire pour rendre nos bâtiments plus fonctionnels.Pour cela, et parce que le principal frein est le coût, les services de la Chambre d'Agriculture peuvent nous aider à réaliser l'investissement optimal, à procéder par étape avec des réalisations évolutives. En terme d'équipements et en particulier pour des outils que nous utilisons quotidiennement, nous pouvons gagner en temps de travail ou diminuer la pénibilité.À chacun, et avec l'aide de techniciens spécialisés, de juger de la pertinence d'un investissement sur son exploitation.Sur le foncier aussi, on a à faire même si aujourd'hui un cap a été franchi.avec le développement des échanges. Et on peut ajouter à cette liste la mise en place de moyens de contention qui permettent de se simplifier le travail et de diminuer les risques d'accident avec les animaux, l'utilisation du chien de troupeau... On l'a vu, de nombreuses améliorations peuvent encore être apportées sur nos exploitations.Mais le plus important pour moi, est de bien réflechir et de se poser les bonnes questions avant d'investir, et les OPA sont là pour nous aider dans notre réflexion.Un exemple, il peut être plus utile d'investir dans la main d'oeuvre, que dans le dernier modèle de tracteur de chez...».

Alors pour vous le métier d'agriculteur a encore un bel avenir devant lui ?
«C'est sûr. Et même dans un contexte de mutations où le nombre d'agriculteurs diminue alors que les besoins alimentaires augmentent, on va devoir optimiser nos productions, en produisant plus et mieux. Nous devrons être encore plus professionels et pour cela, nous avons à notre service des outils en terme de génétique, de technique... pour nous accompagner.Notre métier a de l'avenir.À nous de le rendre encore plus attrayant pour que des hommes et des femmes y trouvent leur place».

Propos recueillis par
Suzanne MARION

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